ARTISTE Laila Skalli

Certaines pensées sont des prières et il y a des moments où, quelle que soit l’attitude du corps, l’âme est à genoux.
Victor Hugo
Lumière. Tout est lumière dans l’univers pictural de Laila Skalli. Certes, il faut chercher la représentation qu’elle en fait dans ses créations. D’abord dans les formes de ses tableaux et ses performances, elle est donc forme qui inscrit le visuel dans une dimension cosmique qui appelle une introspection révélatrice d’une souffrance acceptée, non qu’elle soit une fatalité, mais au contraire, constitutive de l’élection que nombre d’entre nous espèrent, du moins tentent de construire. En effet le travail de la plasticienne n’est ni exutoire ni palliatif, il est simplement art-défi.
Défi à l’Amour comme somme de toutes les couleurs qui s’entre choquent sur la toile, le tissu, le métal, le bois, le temps et l’espace. Quête d’un absolu déconstruit afin de narguer les constituants d’une vie qui chemine vers l’irréalité des choses insensées qui font du quotidien la sublimation des rêves et non l’inverse. Et c’est ainsi que l’artiste déconstruit le monde qu’elle recréée et qu’elle offre aux regards avec un bruissement sensoriel en apparence cacophonique, lequel en lui prêtant l’oreille se révèle être l’insensée caresse du temps qui passe. C’est de là que vient la force de la création de cette artiste Irradiante par ses silences qui en disent long sur son parcours, plutôt son existence, plus encore, sa présence.
Cheminant dans une spatialité où ordre et désordre se côtoient pour ne laisser place qu’à l’infini bonheur de l’écouter dire avec sa voix frêle comment elle en est arrivée là. Ne se réclamant d’aucune école ou courant, faisant fi des styles et des méthodes, suivant son instinct de mère, car initiatrice d’un être-là qui lui est propre, tissant inlassablement le tapis volant dont elle rêve pour emmener au loin, si proche, les siens propres ou adoptés.
Car elle a cette énergie de vous prendre par la main dès qu’elle vous perçoit l’un des siens. Et de déambuler dans son atelier pour en prendre plein la gueule et verser cette Larme angélique qu’implore le prieur qui habite presque toutes ses toiles. Les bras levés vers le ciel, il offre plus qu’il n’implore, car en posture bouddhiste, sereine, calme, enracinée dans la terre matrice, le regard vers le matriciel, le clément, le miséricordieux.
Ne dit-on pas que Dieu est amour, oui il l’est, et c’est ce que tente Laila Skalli d’inscrire, que dis-je, de graver, comme une orfèvre, sur tous les supports qui se donnent à elle avec toute l’Affection que le cosmos lui impose à offrir sous toutes les formes géométriques, réelles ou imaginaires, qui prennent place aux côtés de ce prieur, lequel se démultiplie en éventail ou en cercle solaire. Les toiles de la plasticienne ne sont pas à voir, mais à humer, plus encore, elles interrogent l’auditif, comme une petite musique de la nuit afin d’y déceler le rire ricanant d’un Mozart en quête de l’absolu Savoir que seul l’œil en triangle aide à trouver.
Oui, c’est sous le signe du compagnonnage qu’elle arpente les ateliers d’artistes reconnus pour saisir la lueur de l’insoutenable gravité de l’être en ce monde, volant auprès des couleurs à-venir pour créer ses couleurs. Serait elle une intra-céleste ou extra-terrestre, ni l’une ni l’autre, à mon avis, concrète serait-elle sûrement, par son travail, son acharnement, la profusion explosive de sa production, qu’elle n’expose pas, préférant l’intime lumière à la fugacité irréelle de la lumière des projecteurs de l’Actualité suffocante qui reflète la barbarie de l’ignorance et adule ceux qui brûlent les livres ou encore imposent des voiles à toutes les Eves du monde. A la Lisière de l’insoupçonnable, caressant l’improbable, résidante dans tous les imaginables, il y a dans chaque toile de Laila une Lucarne par laquelle le divin nous regarde sans se faire d’Illusion sur notre demain. Il n’en demeure pas moins que Laila Skalli, malgré la violence non dissimulée qui a élue ses toiles comme auberge du lointain, nous offre de nouvelles formes d’espoir, de tous les espoirs conjugués au féminin.
Abdelhaï Sadiq



